Le Groupe Avec a été placé en liquidation judiciaire en octobre 2025 par le Tribunal de commerce de Bobigny, une décision qui a immédiatement menacé plus de 10 000 emplois dans le secteur médico-social français, avant d’être annulée par la Cour d’appel en février 2026 dans un retournement de situation aussi inattendu que complexe.

Derrière cette affaire se dessine l’effondrement d’un empire bâti sur plusieurs décennies dans les secteurs des EHPAD, des cliniques privées et des services d’aide à domicile. La procédure judiciaire engagée contre le groupe et son fondateur Bernard Bensaïd révèle des failles profondes : gouvernance défaillante, opacité financière et vulnérabilité d’un secteur pourtant essentiel à la cohésion sociale.
Cet article retrace la chronologie complète du dossier, de la montée en puissance du groupe jusqu’aux incertitudes post-annulation, en analysant les enjeux pour chaque partie prenante.
Pas le temps de lire l’article ?
- Le Groupe Avec, géant du médico-social avec 10 000 salariés, a connu un redressement judiciaire avant sa liquidation en octobre 2025 au Tribunal de commerce de Bobigny.
- L’annulation surprise de la liquidation en février 2026 remet en question la viabilité du groupe mais n’efface pas les accusations contre son fondateur Bernard Bensaïd.
- Les filiales comme Amapa (4 300 salariés) et la clinique mutualiste de Grenoble restent confrontées à des incertitudes juridiques et financières majeures.
- Cette affaire révèle des failles systémiques dans la régulation du secteur médico-social français et pose des questions sur la responsabilité des administrateurs judiciaires.
Aux origines du Groupe Avec : de la croissance fulgurante aux premières alertes
L’empire bâti par Bernard Bensaïd et ses extensions multisectorielles
Bernard Bensaïd, entrepreneur au profil atypique, a construit le Groupe Avec à partir des années 2000 en pariant sur un marché porteur : la prise en charge des personnes âgées et des publics vulnérables. En moins de deux décennies, le groupe est devenu l’un des acteurs les plus significatifs du médico-social privé en France, avec des positions dans les EHPAD, les cliniques privées, les services d’aide à domicile et même l’immobilier de santé.
La filiale Amapa, spécialisée dans l’aide à domicile, illustre parfaitement cette stratégie d’expansion tentaculaire. Avec plus de 4 300 salariés, elle représentait à elle seule un maillon critique du dispositif de soins de proximité dans plusieurs régions françaises. Le groupe a également intégré des établissements de soins de suite et de réadaptation, des structures psychiatriques et des cliniques chirurgicales, créant un conglomérat sanitaire et social d’une ampleur rare dans le secteur privé.
Les signaux d’alerte avant l’effondrement
Dès le début des années 2020, des observateurs du secteur signalaient des anomalies dans la structure financière du groupe. Le financement de l’expansion s’appuyait largement sur des montages complexes dont la transparence laissait à désirer. Les rapports internes évoquaient des flux financiers entre filiales difficiles à tracer, et plusieurs partenaires institutionnels exprimaient des réserves sur la soutenabilité du modèle économique.
La concentration de pouvoir autour du fondateur constituait un risque organisationnel majeur. Dans des structures médico-sociales de cette taille, l’absence de contre-pouvoirs solides peut transformer une décision stratégique erronée en crise systémique. Le groupe naviguait ainsi sur une ligne de crête entre croissance affichée et fragilité structurelle croissante.
La spirale du redressement judiciaire : les signes avant-coureurs de la déroute
Chronologie des difficultés financières 2024-2025
En 2024, le Tribunal de commerce de Bobigny prononce le redressement judiciaire du Groupe Avec, premier signal d’alarme officiel d’une situation financière que les dirigeants n’avaient manifestement plus la capacité de redresser seuls. Les créanciers, parmi lesquels figurent des organismes publics comme les caisses de sécurité sociale, se retrouvent exposés à des impayés substantiels.
Durant la période d’observation, les administrateurs judiciaires peinent à identifier un plan de continuation viable. Les dettes accumulées, conjuguées à l’incapacité de générer des flux suffisants pour honorer les engagements courants, rendent le redressement de plus en plus illusoire. La prise en charge des résidents et patients continue d’être assurée, mais dans un contexte de tension extrême pour les équipes soignantes et encadrantes.
Mise en examen de Bernard Bensaïd et accusations de détournement
La dimension judiciaire prend une tournure personnelle avec la mise en examen de Bernard Bensaïd pour des faits de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts. Ces accusations, si elles venaient à être confirmées, expliqueraient en partie comment un groupe générant des revenus considérables issus de financements publics (tarification APA, dotations ARS) a pu se retrouver en état d’insolvabilité.
La mise en examen crée une instabilité organisationnelle immédiate : les partenaires institutionnels suspendent leurs engagements, les financeurs bancaires resserrent leurs conditions, et les repreneurs potentiels adoptent une posture d’attente. L’affaire dépasse dès lors le cadre d’une simple défaillance d’entreprise pour entrer dans celui d’une procédure pénale aux ramifications multiples. La théorie de l’agence trouve ici une illustration saisissante des risques liés à la concentration du pouvoir décisionnel.
Le choc de la liquidation judiciaire d’octobre 2025 : impacts et réactions immédiates
La décision du Tribunal de commerce de Bobigny
En octobre 2025, faute de plan de redressement acceptable et devant l’impossibilité de trouver un repreneur global, le Tribunal de commerce de Bobigny convertit la procédure en liquidation judiciaire. Cette décision signifie théoriquement la cessation de toutes les activités du groupe, la réalisation de l’ensemble des actifs au profit des créanciers, et la fin des contrats de travail selon les règles propres aux procédures collectives.
La particularité de ce dossier tient à la nature même des activités concernées : contrairement à une entreprise industrielle classique, les établissements du Groupe Avec hébergent des personnes âgées dépendantes et assurent des soins à des publics vulnérables. Une liquidation immédiate sans solution de continuité aurait exposé des milliers de résidents et patients à des ruptures de prise en charge d’une gravité inacceptable.
Conséquences immédiates pour les filiales et les salariés
Amapa, la branche aide à domicile du groupe, se retrouve en première ligne avec ses 4 300 salariés dont la grande majorité exercent des métiers d’intervention auprès de personnes dépendantes. L’annonce de la liquidation provoque une onde de choc : certains employés cessent d’être payés, d’autres ne reçoivent plus de plannings, et les bénéficiaires de l’aide à domicile se trouvent brutalement privés de leurs intervenants habituels.
La Clinique mutualiste de Grenoble, intégrée au périmètre du groupe, est également affectée. Des patients hospitalisés en cours de traitement se trouvent dans une situation de grande incertitude quant à la continuité de leurs soins. Au total, selon les données syndicales et les informations relayées par la presse spécialisée, ce sont plus de 10 000 emplois directs qui sont menacés par cette procédure de liquidation.
Réactions du secteur médico-social
La profession réagit avec une inquiétude mêlée d’une certaine fatalité. Les fédérations du secteur, comme le Synerpa ou la Fehap, dénoncent depuis plusieurs années la fragilisation financière des opérateurs privés sous l’effet d’une tarification publique insuffisante. L’affaire du groupe Avec avec liquidation judiciaire vient confirmer leurs alertes sur la soutenabilité du modèle économique du médico-social privé en France.
Le rebondissement inattendu : l’annulation de la liquidation judiciaire en février 2026
Les motifs juridiques de l’annulation et la décision de la Cour d’appel
En février 2026, la Cour d’appel prononce l’annulation de la liquidation judiciaire décidée en octobre 2025. Si les motivations précises de la décision n’ont pas toutes été rendues publiques au moment de la rédaction de cet article, plusieurs hypothèses juridiques s’imposent à l’analyse. Les annulations de liquidation judiciaire résultent généralement de vices procéduraux dans la conduite de l’audience, d’une insuffisance dans l’examen des plans alternatifs, ou d’une erreur dans l’appréciation de l’état de cessation des paiements.
Dans le cas du Groupe Avec, la complexité de la structure, avec ses nombreuses filiales ayant des bilans distincts, peut avoir conduit le tribunal de première instance à une appréciation globalisante qui ne résistait pas à l’examen en appel. Il est également possible que des éléments nouveaux, portant sur la valeur réelle de certains actifs ou sur l’existence de repreneurs non suffisamment explorés, aient conduit la cour à infirmer la décision initiale.
Ce que change concrètement une annulation de liquidation
Une annulation de la décision de liquidation ne signifie pas que le groupe est sauvé, ni que les difficultés financières sont effacées. Concrètement, l’annulation replace le dossier dans l’état antérieur à la décision de liquidation, c’est-à-dire le plus probablement en situation de redressement judiciaire avec une nouvelle période d’observation à ouvrir.
Mais entre octobre 2025 et février 2026, des mois s’écoulent pendant lesquels le groupe a été en partie démantelé : des filiales ont été cédées, des actifs vendus, des contrats résiliés. L’annulation juridique ne restaure pas mécaniquement la situation patrimoniale antérieure. Le groupe qui sort de cette annulation est, selon toute probabilité, significativement appauvri par rapport à celui qui y entrait.
Réactions et incompréhension du marché
Dans le secteur médico-social et chez les créanciers, l’annulation suscite autant de questions que de réponses. Les repreneurs qui avaient acquis des actifs dans le cadre de la liquidation se retrouvent dans une situation juridique délicate. Les salariés dont les contrats avaient été rompus ne savent pas si cette annulation entraîne une réintégration de droit ou simplement l’ouverture de nouvelles négociations. L’incertitude reste entière.
Quel avenir pour le Groupe Avec : entre incertitudes juridiques et enjeux sociaux
Scénarios de restructuration ou de reprise possibles
Après l’annulation de la liquidation, le scénario le plus probable reste celui d’un redressement judiciaire avec plan de cession progressive des actifs. La vente par blocs d’établissements à des opérateurs spécialisés représente la voie la moins destructrice pour les emplois et la continuité des soins. Quelques grands groupes privés de santé, ainsi que des acteurs mutualistes ou associatifs, pourraient se positionner sur des périmètres ciblés.
Toutefois, la réputation fortement dégradée du groupe, les procédures pénales en cours et l’état réel du patrimoine après les mois de liquidation rendent les repreneurs prudents. Le secteur médico-social, déjà peu attractif pour les investisseurs en raison de ses contraintes réglementaires et tarifaires, ne suscite pas les mêmes appétits qu’un portefeuille immobilier ou industriel.
Implications pour les créanciers, salariés et patients
Les créanciers publics, au premier rang desquels l’État et les organismes de sécurité sociale, sont exposés à des pertes importantes. Les financements versés au titre de l’aide à l’autonomie ou des tarifs de soins ne seront que partiellement recouvrés, quelles que soient les suites judiciaires. Pour les salariés, l’annulation de la liquidation n’efface pas les licenciements déjà intervenus et les semaines de salaires impayés.
Les résidents d’EHPAD et les bénéficiaires de l’aide à domicile constituent la catégorie la plus fragile dans ce dossier. Leur protection dépend de la rapidité avec laquelle les autorités de tutelle, notamment les Agences régionales de santé, prennent des mesures conservatoires pour garantir la continuité des accompagnements, indépendamment des aléas judiciaires de la procédure collective.
L’état du groupe après la saignée financière et réputationnelle
La valeur du groupe Avec post-annulation est difficile à estimer précisément, mais structurellement affaiblie. Les départs volontaires de cadres expérimentés, la perte de contrats avec des collectivités locales méfiantes et l’érosion de la base de clientèle constituent des dommages durables. Même si la procédure judiciaire débouche sur un plan de redressement, le groupe ne retrouvera vraisemblablement jamais la taille et l’influence qu’il avait atteintes à son apogée.
Leçons de l’affaire Avec : réflexions sur la régulation du médico-social et le droit des entreprises
Failles systémiques dans le secteur médico-social français
L’affaire du Groupe Avec avec liquidation judiciaire met en lumière une tension structurelle dans le médico-social français : le recours croissant à des opérateurs privés à but lucratif pour assurer des missions d’intérêt général, sans que les mécanismes de contrôle soient suffisamment adaptés à ces structures. Les agréments et habilitations sont délivrés par établissement, pas par groupe, ce qui permet à des conglomérats fragilisés de continuer à recevoir des financements publics longtemps après que les signaux d’alerte auraient dû déclencher des interventions.
La caractérisation d’une entreprise en difficulté dans ce secteur devrait inclure des critères spécifiques liés à la continuité des soins, au-delà des seuls ratios financiers classiques utilisés dans les procédures commerciales ordinaires.
Responsabilités des administrateurs judiciaires et contrôle ex-ante
La gestion de dossiers aussi complexes que celui du Groupe Avec soulève la question des ressources disponibles pour les administrateurs et mandataires judiciaires. Un groupe comportant des dizaines de filiales dans des secteurs réglementés, avec des salariés relevant de conventions collectives distinctes et des actifs intégrant des autorisations administratives non cessibles librement, requiert des compétences pluridisciplinaires rares. Le sous-dimensionnement des équipes en charge de ces procédures peut conduire à des décisions trop rapides, comme le suggère l’annulation obtenue en appel.
Implications pour la législation et les groupes similaires
D’autres groupes privés du médico-social présentent des profils de risque comparables : croissance par acquisition, endettement élevé, dépendance aux financements publics, gouvernance concentrée. L’affaire devrait inciter le législateur à renforcer les obligations de reporting consolidé pour les groupes médico-sociaux dépassant certains seuils, et à instaurer des mécanismes de détection précoce des difficultés spécifiques à ce secteur, distincts des outils du droit commercial ordinaire.
Synthèse : un dossier complexe, un dénouement encore incertain
L’affaire du Groupe Avec reste, à l’heure de la rédaction de ces lignes, un dossier ouvert dont l’issue est loin d’être écrite. La liquidation judiciaire prononcée en octobre 2025 et annulée en février 2026 constitue un épisode parmi d’autres dans une saga judiciaire dont les ramifications pénales, sociales et sectorielles continueront d’alimenter les débats pendant plusieurs années.
Ce que révèle ce dossier dépasse la simple défaillance d’un opérateur privé. Il interroge la capacité du droit des entreprises à traiter des procédures collectives impliquant des services essentiels à des publics vulnérables, la responsabilité des pouvoirs publics dans le contrôle des groupes qu’ils financent massivement, et la gouvernance de structures qui ont grandi trop vite, trop loin des garde-fous institutionnels.
Pour les quelque 10 000 salariés concernés, l’annulation de la liquidation n’est pas une victoire : c’est un sursis dont la portée concrète dépendra des décisions prises dans les prochaines semaines. Suivre l’évolution de ce dossier, c’est suivre en temps réel les limites et les ressources d’un système judiciaire confronté à des enjeux humains que les textes de droit commercial n’ont pas été conçus pour absorber.
Questions fréquentes
Qu’est-il arrivé au Groupe Avec et à ses filiales ?
Le Groupe Avec, géant du médico-social avec 10 000 salariés, a connu un redressement judiciaire en 2024 avant sa liquidation en octobre 2025. L’annulation inattendue en février 2026 a ramené le groupe en situation de redressement, mais ses filiales comme Amapa restent fortement fragilisées.
Qui est Bernard Bensaïd et quelles accusations pèsent sur lui ?
Bernard Bensaïd est le fondateur du Groupe Avec. Il a été mis en examen pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts. Ces accusations de mauvaise gestion et de comportements financiers opaques sont au cœur du scandale du groupe.
L’annulation de la liquidation judiciaire en février 2026 est-elle définitive ?
Non, l’annulation reste contestable. Elle remet le groupe en redressement judiciaire, situation instable. Les créanciers et parties prenantes peuvent contester la décision, et le dénouement reste juridiquement incertain.
Quelles ont été les conséquences sociales de la chute du Groupe Avec ?
Environ 10 000 emplois ont été menacés, notamment dans Amapa (4 300 salariés) et le secteur d’aide à domicile. Les résidents d’EHPAD et patients de cliniques ont aussi subi des perturbations majeures de services vitaux.
Quel est l’impact de l’affaire Avec sur le secteur médico-social français ?
L’affaire révèle des failles systémiques : manque de transparence financière, gouvernance faible, et contrôle insuffisant des structures privées. Elle pose la question d’une régulation renforcée des EHPAD et services d’aide à domicile privés.